12 juin 2017

La mixité dans le leadership : vecteur de performance et d’accomplissement pour les jeunes générations ?

La grande question stratégique (RH et prospective) aujourd'hui est celle du "nous " : qu'est-ce qui nous tient et nous anime en tant que communauté de projets ? L'enjeu est celui d'une intelligence collective qui repose sur la collaboration entre des individus irréductiblement, vertigineusement, différents. Parmi ces différences, l'une essentielle tient aux polarités hommes / femmes.

Notre contribution en tant que consultants, coachs, consiste donc à poser des repères de différenciation dans des situations telles que celle du risque, de la représentation ou de la valeur ( donc la rémunération par exemple ). Nous n'en sommes plus à la déploration des rapports de force même si des situations d'humiliation ou de discrimination subsistent mais plutôt à la manière dont le management et les stratégies RH peuvent s'appuyer sur ces moments de différence pour élaborer de la performance collective.

C'est le sujet de ma contribution (écrite à quatre mains avec Axelle Lofficial) à l'ouvrage publié par les Éditions Management et Société  "Réinventer le leadership".
Cette contribution "experte" questionne  "la mixité dans le leadership comme vecteur de performance et d’accomplissement pour les jeunes générations ». En voici un extrait :
 « Le leadership contemporain : une voie, pas un savoir"
 A la manière d'un art martial, l’exercice du leadership est constamment et humblement renouvelé. Lucidité sur soi, intuition de l'autre, vision stratégique, soutenir la communauté de projet sont les leviers de cette légitimité. Cela suppose une vigilance sur soi, le questionnement collaboratif, l'écoute de celui qui n'a pas tous les pouvoirs (subordonnés, autres cultures, clients, fournisseurs, etc.) et la loyauté confrontante envers les partenaires de pouvoir (présidence, hiérarchie, concurrents, etc..). Le leadership n'est pas une affaire individuelle mais un registre éthique et performant de la communauté en actes. Dans le moment historique qui est le nôtre, cet horizon de la communauté de projet se fait sous contrainte sociale : suspicion d’intellectualisme, incertitude des prospectives, feuilletage des cultures, introduction des non-humains dans l’espace de décision (intelligence artificielle, robotisation, agents virtuels de communication) ou encore prise en compte de l’empreinte environnementale mais il n’y a pas d’autre chemin pour garantir nos avantages concurrentiels et il incombe au leader d’interpréter le complexe. L'espace de progression se gagne sur le terrain de la communication managériale et dans des séminaires dans lesquels la parole circule et les représentations s'interrogent. Alors le leadership, dans le moment historique qui est le notre devient ce qu'il doit être : un art ».

En lire plus :  Réinventer le leadership - Ed. EMS - 34 €
 

17 mai 2017

Nouvelle Route de la soie, quand les chinois jouent au Go !

Le forum OBOR du 14 mai à Pékin

Xi Jiping président chinois, ouvre un forum international comprenant près de 30 chefs d’état et une centaine de représentants étrangers autour du lancement de la « Nouvelle Route de la Soie ». Aboutissement d’une politique amorcée lors de son investiture en 2013. Il s’agit d’économie, d’industrie mais surtout de stratégie. Elle semble ruineuse et illisible alors qu’elle sera rentable, hégémonique et explicite. Il s’agit d’une partie de go.
Les engagements les plus visibles (car il en est évidemment de plus secrets, bilatéraux) consistent en un fond de 40 milliards de dollars abondés par la banque centrale chinoise et des investissements de centaines de milliards d'euros au Pakistan, en Afrique, en Grèce alors que le monde (occidental) s'interroge sur la signification-même de OBOR « One belt, one road » c'est-à-dire «une ceinture, une route ». Nous avançons ici que tout simplement les Chinois poursuivent une gigantesque partie de go (wéiki en chinois, Baduk en coréen) avec déjà plusieurs coups d’avance.

Une partie de go 

Le but de ce jeu, d’origine chinoise mais répandu par les Japonais, n'est pas d'avancer en ligne, en opposition frontale ou massive mais de développer des territoires à partir de positions pivots. Tels une forêt de bambous géants dont les pionniers ne se suivent pas en ligne mais s'avancent très loin tandis que des vagues suivantes remplissent le terrain. La partie se déroule dans l’espace mais surtout dans le temps, des positions éparpillées s’avérant stratégiquement constitutives au fil du temps. Ici même chose : c'est la signification de belt : un contour final, souple et puissant tel l'échine d'un dragon ou d'un tigre. Les Européens jouent au niveau de l'Europe.  Les Américains ne savent plus comment s'y prendre pour contenir et tenir. C'est donc le bon moment pour les Chinois de jouer leur partition. Le monde est leur plateau de jeu, leur Goban.

Stratégies fatales

A terme l'axe Athènes-Venise-Rotterdam coupe en deux l’espace européen. L’Europe est pénétrée par les ports, aujourd’hui fragiles donc vulnérables au « partenariat » chinois. Les Russes sont juste associés mais stratégiquement dépassés : ils sont offensifs, déstabilisants, assument la violence politique mais n'ont pas les moyens et la stratégie de la longue durée. L’Europe, depuis les décolonisations, n’ose plus œuvrer au niveau mondial, notamment en Afrique où ses pudeurs politiques laissent la place à l’économie chinoise et à l’américanisation des valeurs. Elle se cantonne donc au territoire à peu près européen sans bien savoir où cet espace commence et où il finit, suivant qu’elle privilégie fantasme d’ouverture universelle ou affirmation d’un patrimoine européen. Américains, Japonais, Australiens, chacun ayant moyens et prétention de puissance commerciale sont tenus à l’écart du projet OBOR C’est donc le moment opportun pour la Chine, dans un monde multipolaire et mondialisé qu’elle s’efforce d’organiser à son profit d’empire, une domination économique et structurelle, laissant intacts les régimes politiques et religieux quel qu’ils soient, à la différence des considérations européennes et américaines du XXeme siècle. La maîtrise des flux et des ressources sous  l'égide du vieux thème mythique de la Route de la Soie,  préfigure une mise en coupe réglée des matières premières, une maîtrise des transports, fluvial, maritime et ferroviaire, la suprématie des balances commerciales et l’édification du Yuan comme monnaie d’échange dans toute cette zone, c'est-à-dire le monde, avec probablement à terme un adossement du Yuan à l’or physique, dont Chinois et Indiens détiennent aujourd’hui la plus grande part.
Voilà le monde du XXIe siècle qu'ils s'apprêtent à bâtir. Nous devons apprendre à jouer au go si nous voulons déjouer cette suprématie.

La réponse stratégique de type go 

1. Contenir l’avancée chinoise par des contrôles et contraintes puissantes : au go, on ne peut faire disparaître l’adversaire mais on peut le contenir.
2. Renforcer nos points faibles. Ne pas laisser désarrimer Le Pirée à l’Europe. Les Chinois le veulent, nous devons y investir.

Ces réponses seront respectées et appréciées par les Chinois. L’innocence sera méprisée.

6 mars 2017

Jouer dans le mille, Rockin’1000, une communauté effusive

Faire communauté, partager un « nous », voilà la grande affaire du siècle !

L’évidence du "nous" au XXe siècle (« nous sommes : les réprouvés, les avant-garde, les révolutionnaires, les bons, les meilleurs, les plus beaux, les savants, les plus forts, les plus éclairés, les pieux, les gagnants », etc. au choix) s’est évanouie avec les identités en archipel, l’humain augmenté et nos innombrables avatars et pseudos.
De temps à autre surgit, au gré d’une catastrophe (Fukushima) ou d’un attentat (le 13 nov) le ré-enracinement dans une communauté de solidarité mais ça se ré-effrite bientôt et prend difficilement politiquement

Pourtant de temps à autre nous parviennent d’heureuses nouvelles de communautés ludiques et ponctuelles qui se savent politiquement révolutionnaires.
Ainsi l’été dernier, à Cesano dans une petite bourgade perdue d’Italie, « où rien jamais ne se passe » (dixit l’organisateur Fabio Zaffagnini) et dans un pays où les initiatives collectives sont réputées difficiles ou dévoyées, Rockin’1000, a pour la 3eme édition consécutive, rassemblé dans le stade local plus de 1000 musiciens, tous amateurs, tous bénévoles pour tout simplement jouer ensemble (oui : 100 batteurs à l’unisson rythmique, 150 guitaristes solo, 100 bassistes, chanteurs, 14 cornemuses, etc.) quelques morceaux cultes de pop et de rock.
Chacun s’entraîne de son côté, sur le mode d’un flash mob, puis le jour venu, s’installe au stade pour jouer ce morceau, soutenus par un chef d’orchestre qui agence l’ensemble.
Et ça marche, les musiciens sont en transe fusionnelle, note par note, pédale wahwah et descentes de riffs, solos de batterie, chœurs extatiques, le public exulte, ce sont leurs copains et leurs chansons. Fierté, don et sentiment d’avoir collectivement vécu une utopie contemporaine.
Comme un début de révolution positive. L’anonyme est sur scène, la star est millier, l’ego extatique dans l’identification fusionnelle à une musique populairement culte. Une prometteuse énergie pour se réveiller, affronter, célébrer.



Ensemble au Nirvana

15 décembre 2016

Quand une association renouvelle le management !

Chaque organisation est un « entreprendre » et les associations témoignent souvent de cette dynamique créative.
On entre plutôt en association sur la base d’un projet, d’un engagement que pour devenir manager. Pourtant, au fil de la durée, c’est bien par le management que l’association garantit son déploiement et la pertinence de sa vision.
Bien loin du vieux refrain inquiet : « comment font-ils dans le privé ? Comment faire en entreprise ? », nous amenons nos associations clientes à identifier, à déployer fièrement leur management spécifique et aujourd’hui c’est plutôt le monde « marchand » qui s’inspire des cultures managériales associatives. Comment anticiper, "performer", partager, en se dédiant à une mission, à des destinataires, tout en agrégeant des bénévoles, des salariés, des adhérents, des partenaires, dans une économie de moyens rudimentaire ? Cet enjeu de performance fascine les entreprises.

A ce titre nous sommes fiers et heureux du chemin parcouru par notre client Afile 77, association de l'ESS et partenaire de l'ADIE et de France Active, qui, au fil de nos années d’accompagnement a su bâtir une telle ressource managériale. A chacun de nos « chantiers » avec cette association dédiée à l’initiative économique de porteurs de projet, nous nous demandons ce que cette fois-ci nous allons pouvoir défricher ensemble et chaque fois nous constatons sa formidable capacité d’innovation et de réappropriation de nos suggestions les plus créatives :-).
C’était de l’ordre du sentiment mais depuis novembre 2016 c’est un constat car Afile 77 vient de recevoir le Prix pour l’emploi de qualité, décerné par Le Mouvement associatif, l’UDES et Chorum, acteurs de l'intérêt général.

Prix pour l'emploi de qualité, plus d'infos ICI 

Afile 77, plus d'infos ICI

11 mars 2016

Serge Aurier .Gérer une personnalité ingérable

A l’heure du départ de Laurent Blanc, quittant le système toxique de ses joueurs, de l’exposition médiatique et de ses investisseurs, quelques mots sur un petit télescopage des images modernes qui en ces jours de février m’avait poussé à imaginer de l’inédit.
Au cours de mes séminaires de communication managériale, il m'arrive d'aborder notamment avec les élèves ingénieurs différentes situations d'actualité lisibles en termes de crise managériale.
Or spontanément l’une qui les passionnait en février dernier était le dérapage de communication initié par le joueur de foot Serge Aurier.
Celui-ci s'est en effet trouvé au croisement de plusieurs régimes de communication contradictoires.
Piégé « à l'insu de son plein gré » par un "vieil ami", une connaissance de quartier, Serge Aurier a laissé partager sur les réseaux sociaux des commentaires qu'il semblait tenir dans le cadre amical. Ambiance débonnaire, entre jeux de console, chicha et salut aux lointains copains « cousins » par Periscope.
Dénigrant ses camarades de jeu, tenant des propos insultants sur son entraîneur, on peut dire qu'il a abîmé l'image du club et mis en péril sa propre valeur sur le marché ainsi que sa pérennité comme joueur du PSG.
A chaud cela ressemble à un gros bug de communication : joueur et coach bafoués, dirigeants du club furieux, etc.  Des excuses peu convaincantes, tenues en survêtement aux couleurs du club et  devant le drapeau du club, ont manifesté le lendemain la reprise en main du vilain gamin par la com; du club. Comme disait Laurent Blanc, quelques « joueurs de cette génération » s’excusent souvent (a posteriori) alors qu’ils devraient plutôt réfléchir à ce qu’ils font.
À l'issue d'un débat animé, les jeunes membres du séminaire on fait ce lendemain d’info, le pari aux trois-quart, qu'il ne jouerait plus au PSG.

Pour ma part j'ai fait un pari différent.
1. Que sa réputation n'était pas grillée et même qu'au contraire certains supporters notamment y entendraient enfin une parole « authentique » , « non formatée »  par les communicants et laissant entendre ce qui se dit dans le vrai monde des vestiaires.
2. Je pense même que dans le monde des quartiers , cette parole libre , lui apporterait  admiration et crédit : celui qui bien que über-millionaire, continue à parler tel qu'on se parle entre copains.
3. Petite réserve: il est peu  prisé dans le monde populaire qu'on trahisse qui vous a accordé amitié (Laurent  Blanc dans le cas présent).
4. La question qui reste : comment sanctionner  un gamin millionnaire pour un écart de parole irrévérencieux.
5. Ma proposition : d'abord une explication yeux dans les yeux. Crever l'abcès du contenu des propos.
6. Ensuite il s'agit d'imposer une mesure qui l'engage réellement, qui soit patente alors qu' il ne s'agit pas d'une faute de jeu, qu'une amende ne le touchera pas, ni des excuses devant un prompteur et que Aurier est un des meilleurs ailiers du foot actuel.
6. Une seule solution : lui faire reconnaître publiquement ses excuses et leur acceptation, de manière à ce que, tous à la fois, ses "potes", les dirigeants, l'entraîneur et ses équipiers, le public sachent qu'il reconnaît sa faute et fait acte de contrition.
Au prochain match, Serge Aurier doit entrer le premier sur le terrain mais à genoux, devant les télés, les potes, sa famille, le monde du foot. Il veut jouer ? Ok. Il joue mais entre à genoux. Quand Blanc et ses 10 équipiers lui auront chacun tapoté la tête ou l’épaule, au passage, seulement alors, il se relève, réintègre l'équipe et joue un grand match.

Ça s'appelle un rituel et c'est la seule manière que l'équipe, le coach, les dirigeants et les supporters en sortent cimentés.
Et s’il recommence il est viré.